Société : le regard d’un sociologue sur l’éducation des enfants

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L’effritement de l’éducation  dans la société malienne marque le temps actuel. Les enfants ne respectent plus leurs parents, encore moins les personnes âgées. Aujourd’hui, les signes de la mauvaise éducation  sont patents dans la société. Quelles sont les causes de cet effritement social ? Quelles en sont les solutions ? Faut-t-il concilier tradition et modernité ?  Quelle attitude  les parents doivent-ils adopter pour asseoir  leur autorité sur leur progéniture ? Autant de questions qui ont trouvé leurs réponses dans un entretien  avec  Dr Bréma Ely Dicko, Sociologue et Chef du département socio-anthropologie à   l’Université des lettres et des sciences humaines de Bamako (Ulshb).

L’éducation  des enfants est un défi à relever  pour chaque parent. C’est un processus qui commence dans  la famille, dès la naissance de l’enfant,  se poursuit à l’école, dans la rue et se termine dans les institutions religieuses. Au cours de cette mission,  les valeurs cardinales lui sont transmises, à savoir : le bon comportement, le langage soigné, le respect envers l’autre, la dignité, la loyauté, l’amour du prochain, etc.

Force est de constater qu’aujourd’hui, l’éducation des enfants échappe au contrôle de bien  des parents. Il n’est plus en effet étonnant de remarquer les mauvais comportements  dans les familles, dans la circulation, dans les établissements scolaires, dans la rue et sur les lieux de travail. L’avoir prime sur l’être. Donc, il va de soi que celui qui n’a rien soit le moins considéré  dans la famille.

Selon  Dr Bréma Ely Dicko, Sociologue de l’éducation de son état, l’éducation d’hier diffère de celle d’aujourd’hui. Car elle était  communautaire.

« Par contre, actuellement, les enfants sont de plus en plus livrés à eux-mêmes. Les parents sont occupés à la recherche du pain. La rue devient un lieu  où les gens s’associent  autour de ‘’grins’’. Si par malheur votre progéniture se retrouve parmi des jeunes dévergondés, il va sans dire qu’il développera de comportements déviants. L’école d’aujourd’hui est devenue une sorte de dépotoir, tout le monde y est inscrit. Les enseignants ne font pas correctement  leur travail, les élèves n’ont pas le goût d’apprendre. A cela s’ajoutent les effectifs pléthoriques,  avec des infrastructures insuffisantes…c’est une formation au rabais », analyse-t-il.

A en croire l’universitaire, les causes de cet effritement social sont, entre autres : la démission parentale, la floraison  des médias et l’influence des réseaux sociaux.

« Les parents  qui ont la responsabilité d’éduquer leurs enfants ont failli à leur devoir.  Les médias véhiculent des messages qui sont en déphasage avec nos réalités. Des chaînes brésiliennes, indiennes, françaises, nigérianes diffusent des réalités qui ne sont pas les nôtres. Ces images façonnent beaucoup les comportements de nos jeunes… Les parents ayant démissionné, l’école ne jouant plus son rôle de cadrage,  la société en perte de vitesse… les enfants sont livrés à eux-mêmes », dépeint Dr Dicko.

Dans une société, poursuit-il,  où le baromètre de la réussite est l’argent,  les individus ne peuvent que développer des  attitudes déviantes.

«  Il revient aux parents de veiller  sur ce que les enfants font, mangent et  ils doivent regarder comment ils s’habillent. Il appartient à l’Etat,  garant du bien-être  public,  de s’assurer que les messages véhiculés sont conformes à nos us et coutumes »,   conseille-t-il.

Concilier modernité et tradition

Pour le Sociologue,  il ne s’agit pas de réifier nos valeurs traditionnelles ni de tomber dans une sorte de protectionnisme, mais de concilier la tradition et la modernité.

« Nous sommes dans un monde où nous ne pouvons pas nous recroqueviller sur nous-mêmes. Comme le disait Aimé Césaire : « Toute civilisation qui n’évolue pas disparait à petit feu ». Nul ne peut se targuer d’avoir une culture à  100%. Nous sommes tous de métisses d’une manière ou d’une autre. Il ne s’agit pas de réifier nos valeurs traditionnelles ni de tomber dans une sorte de protectionnisme. Il ne faut pas s’en  fermer. Mais en s’ouvrant, il faudrait qu’on sache d’où on vient. Cela nous amènera à regarder ce qui est conforme avec nos réalités. Imiter l’autre ne veut pas dire être acculturé. Nous pouvons prendre  de l’extérieur ce qui est bien,  et laisser de côté tous ce qui peut dénaturer nos comportements », propose Bréma Ely Dicko.

Plus loin, il dira qu’il appartient  à chacun  de prendre conscience et d’œuvrer pour que la société retrouve ses valeurs d’antan. « Nous ne pouvons pas changer le monde mais chacun peut changer ses propres comportements et ceux de ses enfants…», conclu le Sociologue.

Moussa Mallé SISSOKO

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